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N°978 - Juillet/Août 2019 Evénement Renault Trucks a 125 ans ! Une histoire riche en rebondissements Pour les 125 ans de la marque Berliet (créée en 1894), Renault Trucks, devenu en 2002 une entité du groupe suédois Volvo, a décidé de fêter la naissance de son ex-maison mère en lançant une série spéciale de tracteur grand routier... en 125 exemplaires. Retour sur une histoire assez mouvementée. Renault Trucks ne manque pas de clients friants de véhicules au look et aux équipements hors du commun. Ses 125 ans lui ont inspiré sa dernière série limitée (en 125 exemplaires), baptisée... 1894 ! Doté d'une peinture bleu nuit, ce magnifique habillage du T High Edition a une calandre mise en relief par une peinture jaune or. Cette série va au-delà d'une simple célébration de la marque. Le constructeur reconnaît implicitement sa paternité puisée au sein de Berliet il y a... 125 ans. Pour l'occasion, nous avons décidé de jeter un coup d'œil en arrière sur l'histoire de Renault, et plus largement celle des véhicules de transport à moteur thermique, qui ont révolutionné le fonctionnement de l'économie en France... Car contrairement à ce qu'on entend parfois du côté de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne, c'est bien chez nous qu'est né ce concept, et ceci une dizaine d'années avant la production du moteur Berliet en 1894. Le premier véhicule dit « Delamare » se déplaçant par ses propres moyens avec un moteur thermique et destiné aux transports vit en effet le jour il y a 137 ans, marquant les prémices du génie français sur ce secteur. Il est né dans la tête de deux Rouennais, Édouard Delamare-Debouteville et Léon Malandin, en 1882 (une invention qui sera brevetée à Rouen en 1884). En 1882, le journal local faisait état des premiers tours de roue de ce curieux véhicule réalisé avec une carriole à cheval et utilisé pour transporter chiens de chasse et gibier.... On se souviendra par la même occasion que c'est aussi dans l'Hexagone que sont nées des découvertes majeures comme la photographie terrestre, puis aérienne, le cinéma ou des avancées médicales essentielles grâce à des gens comme Pasteur ou Curie. Mais revenons à nos moutons, qui sont en l'occurrence les marques de camions, et en particulier celles qui ont permis à Renault Trucks de devenir le grand constructeur qu'il est aujourd'hui. Les indestructibles PL de Berliet Berliet tout d'abord... Une marque qui, en rachetant le constructeur Laffly (créé en 1859), plonge ses racines dans la préhistoire de l'automobile (au sens large du terme). Berliet reste une marque emblématique car ses dirigeants successifs, Marius et Paul Berliet, ont su créer des véhicules hors du commun avec d'indestructibles poids lourds comme le CBA produit en 1913, grâce auquel nos poilus ont pu résister aux assauts allemands (voir encadré p.64-65). Il y eut aussi le géant du désert T100, qui fut longtemps le plus grand camion du monde, et a récemment été la vedette du salon Rétromobile à Paris (ce qui a donné lieu à un très beau reportage dans notre numéro 974 de mars 2019). Ou encore des véhicules beaucoup plus petits mais non moins géniaux, comme le Stradair. Ce camion de distribution se fit remarquer par sa suspension à air qui le rendait aussi confortable qu'une berline, mais aussi par ses freins pour le moins efficaces. Le T100 et le Stradair Le T100 et le Stradair, très en avance sur leur temps, furent malheureusement condamnés, l'un par les changements géopolitiques, l'autre par son avant-gardisme chargé d'imperfections. Plus près de nous, on se souviendra des grands-routiers TR280 et 300, dont la cabine fut conçue avec les conseils des utilisateurs, les conducteurs routiers. Pour la première, la cabine et le poste de conduite étaient envisagés sous l'angle du confort et de l'agrément du conducteur. Tant et si bien que le géant mondial de l'automobile et du camion de l'époque, Ford, adoptera cette cabine pour son futur grand-routier européen, le Transcontinental. En passant de Berliet à RVI, puis à Renault Trucks, le TR fut le dernier témoignage du génie de la marque à la locomotive. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que la marque Renault Trucks telle que nous la connaissons aujourd'hui est issue de la division véhicules industriels de groupe Renault (qui entretemps s'est replié autour de sa branche purement automobile). Bien que créée en 1898 par Louis Renault, cette firme construisit des camions uniquement contre son gré... Elle le fit pour complaire à la volonté des politiques et répondre aux grandes commandes d'Etat pour l'administration et les armées. Un pôle 100 % camions après la guerre 39-45 Renault ne s'est véritablement structuré dans le camion qu'après la guerre de 39-45, lors de sa nationalisation qui lui a fait adopter le nom de RNUR (Régie nationale des Usines Renault). C'est à ce moment que la régie nationale a souhaité créer un pôle de production de véhicules industriels en intégrant des marques de camions comme Latil (créée en 1895), Somua (créée en 1914), ainsi que Chausson (créée en 1903) pour les véhicules de transport de personnes. En 1955, pour mieux se positionner, la RNUR crée la Saviem (Société de véhicules industriels et d'équipements mécaniques), qui regroupe ses divisions Vul, camions, bus et cars. Dans la foulée, le nouveau groupe reprend Simpar, l'un des plus anciens constructeurs de véhicules tout terrain (crée en 1904), qui produisait des voitures toutes roues motrices et fut par la suite le spécialiste des camions spéciaux pour la Saviem (toutes roues motrices, mais aussi surbaissés et rallongés), puis pour Berliet. Une division vitale pour les armées Malgré la création de la Saviem, la branche véhicules industriels de la « régie » fut toujours négligée par sa maison-mère, qui n'a eu de cesse de s'en séparer. Or pour l'Etat actionnaire, il n'en était pas question, une division camions étant vitale pour ses armées. En 1983, de façon assez paradoxale pour un groupe peu enclin à favoriser le véhicule industriel, la Saviem fait un « deal » avec PSA, son concurrent automobile, et lui reprend sa division... camions ! Le français de Sochaud, qui avait racheté l'américain Chrysler Europe, se trouve en effet victime de sa boulimie, « embourbé » avec sa division camions et ses usines Dodge Espagne et GB, qui sont cédées à la Saviem. Mack est racheté En 1990, la régie Renault, qui a toujours rêvé d'Amérique pour ses voitures, pousse sa division PL à racheter Mack, constructeur d'outre-Atlantique. 1990 est aussi une bonne année car c'est là que fut présenté le premier camion résultant de Saviem et de Berliet, l'AE (devenu Magnum), qui apporta à la marque une véritable image et un grand succès. En 1992, toujours désireuse malgré tout de se débarrasser de ses camions, la régie crée RVI (Renault véhicules industriels) pour mieux intégrer les marques issues de Saviem et de Berliet. La régie Renault, qui voit qu'il y a de l'avenir dans l'utilitaire, ne perd pas le nord et récupère la division utilitaires légers et les usines où la Saviem fabriquait ses célèbres fourgons SB et SG. En 2001, Volvo AB prend pied dans la division camions du groupe Renault, remplaçant en 2002 le nom de RVI par celui de Renault Trucks. Une page est tournée, sonnant la fin des camions 100 % français. Les séries limitées depuis le Magnum Vega La toute dernière série limitée Edition 1894 célèbre les 125 ans de Renault Trucks. Elle s'inscrit dans la lignée des précédentes éditions spéciales de la marque, qui ont en commun d'offrir une décoration extérieure spécifique, une sellerie exclusive, un haut niveau de finition et un équipement haut de gamme. La première série limitée chez Renault Trucks apparaît avec le Magnum, décliné en trois variations : le Vega en 2007, le Magnum Route 66 en 2010 et le Legend en 2011. Devant le succès de ce principe, le constructeur a renouvelé ce concept avec son T. À ce jour, le grand-routier en est à la quatrième version limitée de son grand-routier. Toutes sont qualifiées de T High Edition, étant donné qu'elles sont en cabine XXL à plancher plat... De dignes héritières du Magnum ! Ça commence en 2106 par le T High Edition (tout court). Arrivent ensuite le Team Alpine en 2017, le Renault Sport Racing en 2018 et enfin la version Edition 1894, tout juste commercialisée, qui célèbre les 125 ans de la marque... Celle-ci, on vous l'a réservée en couverture, puisqu'on a assisté à la remise du n°2 (sur 125) à Eric Rivals (des transports éponymes), accompagné de ses deux fils et de sa femme, tous impliqués dans l'entreprise. On vous réserve un petit reportage sur cette sympathique famille dans le prochain numéro. Berliet, le début de l'histoire Cinq camions de la marque à la locomotive illustrent le caractère visionnaire de Berliet, qui œuvrait pour la satisfaction du « client-roi ». Paul Berliet, l'héritier de Marius, a développé des méthodes qui ont permis à Automobiles M. Berliet de passer de 17 à 140 véhicules par jour, et de 7 500 à 24 000 personnes. On compte à son actif l'élargissement des gammes, l'industrialisation de pays émergents (pays africains, Chine, Cuba, Pologne, etc.) ou encore la sauvegarde de l'histoire de la voiture lyonnaise et du camion français à travers la création de la Fondation de l'Automobile Marius Berliet. Cinq véhicules Berliet résument bien l'épopée du constructeur : • le GLR 8 M2 de 1960, fabriqué entre 1950 et 1986 à plus de 100 000 exemplaires ;  • le fourgon pompe tonne GAK de 1960, doté d'une cabine « Relaxe » lancée en 1958, qui offre au conducteur un espace lumineux, une excellente visibilité grâce à son pare-brise panoramique et un habitacle confortable qui constituent une première pour l'époque ;  • le GBC8 6x6, célèbre pour ses capacités de franchissement démontrées lors la Mission Berliet Ténéré à travers le Sahara en 1959-1960. Il est produit entre 1958 et 1977 à 32 000 exemplaires ;  • le Stradair de 1965, premier produit 100% dû au Centre d'études et de recherche Berliet. Il est doté d'une cabine futuriste, d'une visibilité intégrale, d'une isolation thermique et phonique soignée et surtout d'une suspension très efficace ;  • enfin, le Centaure de 1978, sur la base d'un tracteur Berliet 350. Ce précurseur des grands-routiers haut de gamme est équipé d'un moteur Berliet diesel 8 cylindres en V. Ce camion à moteur diesel GPEF de 1933 a 17 t de charge utile. Il y a 125 ans naissait le premier moteur Berliet A 28 ans, en 1894, passionné de mécanique, le Lyonnais Marius Berliet (1866-1949), fils de canut, construisait son premier moteur. Le début d'une grande aventure... En 1895, un an après son premier moteur, Marius Berliet construisait sa première voiturette. Ayant terminé ses essais dans la vitrine d'un charcutier, le jeune tisserand a repris les freins et l'engin a réussi un parcours d'une trentaine de km. En 1905, le fabuleux contrat de vente de la licence de 3 voitures à Alco (American Locomotive Company) offrait à Marius Berliet les moyens de son fulgurant essor. Il put agrandir l'usine de Monplaisir acquise en 1902 et adopter une organisation industrielle avant-gardiste pour l'époque. Le premier camion est réceptionné en 1906. A la veille de la Grande Guerre, en 1913, 4 000 véhicules sont produits, dont 15 % de camions, dont le légendaire CBA qui atteint la cadence de 40 par jour après le démarrage, en 1916, de l'édification à Vénissieux-Saint-Priest d'un complexe industriel intégré (fonderies, forges, usinage, assemblage). Quelques étapes expliquent son succès, dont la mise au point du gazobois à partir de 1923, et surtout l'aventure du diesel à partir de 1930, qui permet d'élargir la gamme de la camionnette aux trois essieux de 26 t de PTC et 34 t de PTR. 1939 marque l'arrêt définitif des voitures. La production s'étiole entre 1940 et 1944 (4 unités par jour) en raison des difficultés drastiques de l'économie en temps de guerre. Après « la plus grande expérience de gestion ouvrière en France » qui commence en septembre 1944 et conduit à une détérioration de la situation industrielle et économique, l'Etat français restitue l'entreprise à ses légitimes propriétaires en décembre 1949. Texte : Marie Fréor · Photos : X D.R., RT et Fondation Berliet Avec les VE 10 et VE 20, Renault a créé des camions expérimentaux pour tester de nouvelles solutions tant mécaniques qu'aérodynamiques. Quelques-unes seront retenues sur les camions de série...