equipeabonnementboutiquepubContact

N°968 - Septembre 2018 Reportage Des Man sur le port de Dunkerque Beau terrain de jeu pour l'Hydrodrive C'est naturellement à des Man Hydrodrive que le tentaculaire groupe ardennais Urano a choisi de confier une mission délicate : creuser, déblayer et emporter le sable de l'immense chantier du port de Dunkerque. Bien sûr assistés par des dizaines de pelleteuses et autres bulldozers et dumpers, ils ont permis de tout boucler dans les temps. «Le chantier du port de Dunkerque, ça représente pour nous 60 000 heures de travail pour 35 à 40 personnes pendant huit mois. On a 40 hectares à aménager entre l'ancien et le nouveau port », explique Pascal Urano, le patron du groupe éponyme qui a remporté l'appel d'offre (voir encadré p.56). Le port du Dunkerque représente un gros enjeu économique. Aujourd'hui troisième en France avec pour devise « 7 ans, zéro jour de grève »(1), il rêve de damer le pion à celui d'Anvers (à 170 km de là) et de Rouen-Le Havre. La ville frontalière de la Belgique a donc mis en place un plan « Dunkerque Cap 2020 » qui consiste notamment à déblayer d'immenses zones pour agrandir la surface logistique. Cet énorme chantier, le plus gros terrassement de France, représente 2,5 millions de m3 de terre à remuer ! Démarré en novembre 2017, il vient de s'achever, mais le groupe Urano s'est vu confier dans la foulée une extension de travaux. Dans les manches du groupe de TP, un atout de taille : 15 Man TGX 4x2 transformables à la demande en 4x4, grâce au dispositif Poclain que Man appelle Hydrodrive (voir encadré ci-dessus). Certes d'une moindre puissance et motricité que des 4x4, ils servent avant tout à se sortir de situations difficiles. C'est notamment grâce à eux qu'Urano a pu mener à bien et dans les temps les différentes tranches des travaux. Aucun détail n'a été laissé au hasard : « Pascal Urano m'a demandé une prise de force qui permet d'économiser 15 secondes par bennage. Il a calculé qu'il gagnerait ainsi 200 000 € sur ce chantier de neuf mois, déclare Christophe Brunet, responsable grands comptes régionaux chez Man... En prise de mouvement, on est déjà au maxi. La seule solution est donc d'agir sur l'hydraulique et le débit du distributeur. Pour régler ça, je me suis adressé à Hyva ». 470 rotations par jour Le ballet est si bien réglé que l'avancée est quasiment trop rapide : « On va trop vite pour le client ! », sourit Pascal Urano. Chaque jour, 14 000 t sont transportées, en 470 rotations. Les 13 Man participent à ce monstrueux travail en faisant quotidiennement 35 à 38 rotations de 5 km environ, en consommant jusqu'à 120 l au cent. « Benner, ça mange du diesel ! », confirme le patron. Rien ne l'arrête. Quand il faut faire enjamber une voie ferrée à ses camions, il déploie un pont provisoire de 24 m de portée et 5 m de large capable de supporter deux 44-tonnes la fois. Le projet Dunkerque Cap 2020 implique aussi l'agrandissement des quais, ce qui implique un énorme draguage. Sur cet ancien bassin va notamment être installée une usine chimique de 40 hectares, et pas question de transiger avec la finition du travail. Or le sable qui est dégagé au fur et à mesure et se retrouve le long des sites n'est qu'une longue rangée de sable noir et de scories, avec seulement 1,50 m de sable assez propre pour être exploitable. Le boss peste contre cette qualité insuffisante alors que le nettoyage nécessite de niveler avec des matériaux propres. « Il doit décanter pendant deux à trois mois, explique Pascal Urano. Chez Urano, l'intérim est interdit. « Un dumper, ça vaut 400 000 €, une pelle 600 000... Ça ne se passe pas à n'importe qui ! ». Nécessitant l'embauche de centaines de personnes, le chantier du port de Dunkerque est l'un des gros projets qui a contribué à boosté le secteur français du TP en 2018. Ces conducteurs d'engins, de poids lourds, il a aussi souvent fallu les former. Une école de formation  interne Ça, c'est le travail de l'école de formation créée par Urano, d'où sortent 40 à 50 conducteurs d'engin par an, dont 25 jeunes issus de milieux défavorisés. « On leur fait aussi faire du recyclage, on les forme aux normes électriques, et au diplôme de sauveteurs-secouristes ». Le système de formation Urano est habilité à faire passer à ses propres conducteurs de camions des Fimo et FCO. Une partie d'entre eux doivent se contenter de contrats de saison, mais 75 % sont en CDI. « N'ayant pas assez anticipé sur la formation, on cherche 150 à 200 conducteurs de poids lourd en régional, avec quand même beaucoup de découchés puisqu'on est souvent appelés à intervenir en région parisienne (avec 30 à 50 camions qui tournent là-bas en permanence) et qu'on est basés dans les Ardennes ». Pas de pelle avant  quatre ans d'expérience Les chauffeurs formés en interne montent progressivement en complexité, selon l'expérience acquise. « Pour un bull, il faut minimum un an et demi d'expérience. Pour une pelle, c'est quatre ans, et pour une niveleuse dix ans ! ». Aujourd'hui, toutes les machines sont gérées par GPS et travaillent en ligne. « Au changement de ligne, c'est un peu le bazar. Il faut être là ! Le projet est dans la machine. Le but est d'arriver à 3,60 m au-dessus de la mer », explique Pascal Urano. La veille de notre passage, 40 000 t de matériau avaient été déplacées en une journée, tous types de sables confondus, à l'aide de 35 conducteurs. « Sur ce type de chantier, à 300 km de chez eux, on ne fait pas travailler de femme. Les gars sont logés dans un gite ou d'anciens mobile-homes, et ça créerait plus de problèmes que de solutions ». Marie FRÉOR Sur un chantier de terrassement comme celui du Port de Dunkerque, les deux ennemis des conducteurs sont l'eau (qui fait patiner) et la poussière (qui rentre dans les moteurs). (1)Ce crédo du port de Dunkerque est une allusion au fait que celui du Havre a connu de son côté 74 jours de grève depuis 2011. Un camion Hydrodrive, comment ça marche ? Le dispositif Man Hydrodrive est un entrainement hydrostatique crabotable des roues avant. Voilà comment ça fonctionne : une pompe montée sur la prise de mouvement de la boite de vitesses entraine les moteurs sur moyeu de roue dans la partie de roue de l'essieu AV. Le système Hydrodrive est conçu pour un fonctionnement temporaire à une vitesse réduite (environ 2 000 heures de service maximum). C'est pourquoi la traction avant ne doit être enclenchée en dessous de 28 km/h que si une traction supplémentaire est nécessaire. Au-delà de 28 km/h environ, la traction est coupée automatiquement. Elle se réenclenche si la vitesse retombe en-dessous. Autre cas où la traction avant se coupe automatiquement : quand l'huile atteint une température excessive. Quant à la traction ABS avant, elle est coupée automatiquement dès que l'ABS intervient, et réenclenchée automatiquement après intervention. Urano et Man Aujourd'hui, le groupe Urano fait rouler 100 Man, dont 20 dotés du dispositif Hydrodrive (voir encadré ci-dessus) et huit tracteurs 6x4 580 D38 d'un PTRA de 120 t, le reste étant du 4x2 classique, que l'entreprise attèle à des porte-chars pour déplacer les engins d'un chantier à l'autre. Pascal Urano aimerait faire passer à un PTRA de 160 t. Selon Man, cela devrait pouvoir se faire avec des ponts différents. Photos Fréor Le groupe Urano Implanté à Warcq, près de Charleville-Mézières, le groupe Urano reste familial, bien que d'une activité tentaculaire. Il est quasiment devenu un empire du TP. Ex-propriétaire de la Covema, concession Mercedes PL de Charleville-Mézières, Pascal Urano (58 ans - au milieu sur la photo) l'a revendue pour se consacrer entièrement au TP, avec plusieurs structures. Il est aussi à la tête de Truck Location, qui gère ses besoins de matériel roulant, et est investi dans la construction d'entrepôts. Parmi ses derniers chantiers, Urano a fait une partie de l'autoroute A304, dans les Ardennes. Il a une telle aura dans le secteur du TP qu'il est l'un des rares clients pour lequel Caterpillar a accepté de peindre ses engins en bleu plutôt que le classique jaune de la marque. Le groupe possède diverses carrières dans les Ardennes, qui lui permettent de remplacer les terres souillées qu'il est chargé d'enlever notamment sur des sites industriels en région parisienne. Parmi les derniers contrats décrochés, le service hivernal des Ardennes, pour sept ans. « Aujourd'hui, j'essaie de vendre au département des mâts pour automatiser la prévision à court terme des intempéries. Avec ça, les cartes font apparaître en temps réel l'évolution des températures et des intempéries. Ça leur évitera le coût des patrouilleurs ». Prochain défi : décrocher les autoroutes non concédées. « On aurait 30 à 40 camions à y mettre ». Comment arrive-t-on à la tête d'une telle société ? « Mon père, un maçon italien, est arrivé en France en 1952 et a créé Urano en 1960. A 11-12 ans, je montais sur les camions. Dès 14-17 ans, je remplaçais les gars sur les machines (eh oui, c'était autorisé...). A l'époque, il n'y avait pas de joystick, juste des manettes, avant l'arrivée de la commande en croix en 1975. On est passés du système français au système international ». Pascal Urano a gardé l'activité de construction d'éléments en béton (Bmaco) créée par le paternel en 1978. Ces Cater (dumper + pelle) coûtent la bagatelle d'1 million d'euros à eux deux ! Soit l'équivalent (en termes de prix) d'une bonne douzaine de camions... Photos Fréor