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N°963 - Mars 2018 Reportage Le Bulgare vainqueur de l'Optifuel Challenge Il est reparti en Renault T Comme Renault Trucks fait bien les choses, les trois meilleurs conducteurs sélectionnés parmi 29 concurrents à l'issue du concours Optifuel Challenge ont été conviés à Lyon à l'occasion de la remise du tracteur au vainqueur bulgare. Cerise sur le gâteau, la visite très conviviale de l'usine de Bourg-en-Bresse par une belle journée hivernale. Les dés du concours Optifuel Challenge de Renault Trucks ne sont franchement pas pipés ! A Tolède en octobre dernier, on a vu s'aligner sur les trois premières marches un Bulgare, un Roumain et un Luxembourgeois ! Ni Français (malgré la marque organisatrice), ni Espagnol (malgré le pays d'accueil)... Les trois conducteurs hors pair se sont distingués parmi 29 concurrents de 29 pays, eux-mêmes sélectionnés parmi 2 500 routiers ! Ils avaient bien mérité qu'on les bichonne. Renault Trucks a pris prétexte de la réception du 1er prix (un tracteur T 480) par Plamen Ivanov pour le convier dans son fief, ainsi que le Roumain Adrian Tintea et le Luxembourgeois Jochen Becker. Les deux premiers sont venus avec leur femme, qui se trouve être la patronne de leur société ! Grosse différence cependant : Plamen (le Bulgare) est à la tête d'une flotte de 25 camions (rien que des Renault T 480 et 520 ch toutes options), tandis qu'Adrian (le Roumain) n'a qu'un camion. Son Volvo FH date de... 2001, et ça aurait bien arrangé ses affaires de repartir avec un Renault tout neuf. Il a tout de même remporté un bon d'achat de 2 000 € dans l'enseigne de son choix et un autre de 5 000 € pour son entreprise, valable sur l'ensemble du réseau Renault Trucks. Apparemment peu ému par son prix d'une valeur estimée entre 80 000 et 100 000 € (plus un bon d'achat de 6 000 €), Plamen trompe son monde, car à écouter Ivan Ouchev, le directeur commercial de Renault Trucks Bulgarie, il avait les larmes aux yeux quand il a gagné à Tolède. Quant à Adrian, le deuxième, il a eu un moment de tristesse à l'issue du concours, d'autant plus que c'est lui qui a eu la meilleure conso. « En Bulgarie, je privilégie la consommation à la vitesse, car il faut qu'on fasse attention à tout pour survivre. A Tolède, j'ai conduit comme tous les jours ». Il a brûlé 36, 2 l au cent avec un ensemble de 36 t, sur un parcours difficile bourré de dénivellations. Plamel, le premier, a certes réalisé une meilleure vitesse commerciale que lui, mais à 38,4 l de moyenne. Avant le concours, pour s'entraîner en vue de la compétition, Adrian a pu tester le T520 pendant un mois. « Par rapport à mon vieux Volvo, quel changement ! C'est un très bon camion, il m'a permis d'économiser un plein de carburant pour 12 000 km de parcours réalisés dans le mois ». Bien décidé à retenter le coup en 2019, il explique qu'il a un contrat avec Lacroix Hygiène qui lui assure une ligne Italie-Roumanie, de l'usine de Cuneo à l'entrepôt de Brasov. « Dans l'autre sens (Roumanie-Italie), je trouve de tout, ce n'est pas un problème. Je fais ainsi deux à trois tours par mois, à raison de sept à huit jours chacun ». Payé au tour, il ne cherche pas de deuxième client, et a calculé que ce ne serait pas rentable d'avoir un deuxième camion et un conducteur : « Une nouvelle crise commence en Roumanie et en Pologne, avec le conflit européen entre le front Est et le front Ouest. En plus, on a le même problème de pénurie que vous : la plupart des conducteurs de l'Est préfèrent travailler avec des patrons de l'Ouest ! ». A la tête de 35 conducteurs Plamen, le vainqueur, ne conduit plus depuis dix ans que pour remplacer l'un de ses 35 conducteurs, même s'il préfèrerait de toute évidence être sur la route ou les mains dans le camboui que derrière un bureau. Il a pris la compétition très au sérieux : chaque week-end, il s'est entraîné en utilisant Optifuel Infomax pour contrôler et améliorer ses performances. « J'ai réussi à consommer peu, tout en conservant une vitesse soutenue. Sur tout le parcours, je n'ai utilisé que trois fois la pédale de frein ! ». Après avoir été lui-même formé à la conduite économique par le moniteur Renault Trucks dédié à la Bulgarie, Plamen Ivanov forme à son tour les chauffeurs de son entreprise. « Je suis l'un des rares patrons bulgares à vérifier très régulièrement à distance la conso et le mode de conduite de mes conducteurs. Si nécessaire, je les appelle pour leur donner des conseils ». Il est ainsi arrivé à obtenir 27,3 l de moyenne, en 18 à 20 t de chargement. Il faut dire qu'ils ont des primes si ça marche. D'ailleurs, c'est l'un de ses conducteurs qui a remporté l'Optifuel Challenge précédent ! Comme son confrère roumain, il constate que la pénurie de conducteurs gagne même les pays de l'Est. « Le métier n'est plus aussi attractif qu'avant. Je demande à mes routiers de rester six à neuf jours partis, dans toute l'Europe. Eux ont de moins en moins envie de rester loin de leur famille. Pourtant, je leur offre deux jours de week-end minimum, et un salaire de 2 100 € en moyenne ». La grosse différence selon lui entre l'Est et l'Ouest, c'est qu'eux ne bénéficient pas de la Sécurité sociale. Sur les nouvelles règles imposées aux travailleurs détachés, Plamen a des gros doutes : « Je ne me sens pas trop concerné, car je n'ai pas trop affaire à l'Europe de l'Ouest. Mais quand c'est le cas, se pose le problème de la non-surveillance de la marchandise et de leurs affaires personnelles (télé, ordi, etc.). Je les envoie juste récupérer une note d'hôtel tout en les laissant dormir dans leur camion. De toute façon, vous connaissez beaucoup d'hôtels qui ont de quoi parquer les poids lourds devant ? ». Ce grand fidèle de Renault Trucks était déjà le premier de Bulgarie à acheter un Magnum, en 1996, pour remplacer son Mercedes. « Pour moi, Renault Trucks, c'est comme une grande famille. Leur réseau en Bulgarie a un comportement qui me convient bien ». La marque occupe 11% des parts de marché des plus de 16 t dans ce pays... Très pragmatique, Plamen a prévu de récupérer sur le chemin du retour une de ses remorques chargée en Allemagne. Car bien évidemment, il repart au volant de son Renault T520 flambant neuf avec Rosica, sa femme, sans avoir toutefois l'intention d'y dormir. « On ira à l'hôtel », sourit-il... • Marie FRÉOR Quid de l'Optifuel Challenge L'Optifuel Challenge est une compétition organisée tous les deux ans par Renault Trucks pour promouvoir l'écoconduite. Tous les deux ans, la crème des conducteurs issus d'une trentaine de pays s'affrontent lors d'une finale européenne, après une sélection nationale. Les finalistes sont confrontés à deux épreuves : d'abord un questionnaire théorique permet de juger leurs compétences en termes d'écoconduite et compte pour 10 % de la note finale. Ensuite, un parcours sur route ouverte d'une quarantaine de minutes à bord du Renault Trucks T480 Optifuel permet de distinguer celui qui aura été capable de consommer peu sans sacrifier sa vitesse commerciale. Tout au long de la compétition, les conducteurs sont soutenus par un représentant de leur entreprise et un membre du réseau local de Renault Trucks. Ceux-ci peuvent d'ailleurs suivre en temps réel la performance de leur chauffeur à l'aide d'Optifleet, l'outil de gestion de flotte propre à Renault. Prochaine édition en 2019... Photos Fréor De g. à d., le Bulgare Plamen Ivanov, gérant de Sunny Co. ; le Roumain Adrian Tintea, de l'entreprise Tintar Spedition ; le Luxembourgeois Jochen Becker, conducteur chez Tri Kipper. Un T assemblé en quatre heures trente C'est à Bourg-en-Bresse que sont assemblées les gemmes hautes de Renault Trucks : les C, K et T. D'un bout à l'autre de la chaîne, quatre heures et demie suffisent pour voir sortir un camion prêt à vendre... Construite en 1964 par Paul Berliet, l'usine de Bourg-en-Bresse a été agrandie en 2006 pour le Kerax, auparavant assemblé à Madrid et remplacé depuis juin 2013 par les C et K. Ceci dit, pour l'anecdote, 1 350 Kerax sont toujours en cours d'assemblage, pour honorer une commande de l'armée canadienne. A Bourg, Renault Trucks monte ses T (High et Sleeper Cab), K et C (sauf en cabine 2,30 m). La gamme basse D et les cabines toutes gammes sont fabriquées à Blainville, tandis que les moteurs du groupe (Renault et Volvo) sortent de Vénissieux, ainsi que l'emboutissage. Tout arrive un jour avant l'assemblage... Une ligne est dédiée au chantier, l'autre à la longue distance, chacune faisant 500 m de long. Avec actuellement une seule équipe (qui fait 7 h - 15 h 30), 115 véhicules sortent chaque jour. C'est en 1990 que la capacité maximale a été atteinte, avc 290 camions par jour, en 2x8. Pour faire du sur-mesure en flux tendu, toute la production est mélangée sur les chaînes.« Quand Renault a rejoint le groupe Volvo en 2001, c'est nous qui avons incité Volvo à assembler leurs poids lourds à l'envers pour leur construction et l'ajout de la partie basse, ce qui est beaucoup plus ergonomique... En contrepartie, Volvo nous a montré comment intégrer directement les salariés dans l'amélioration continue et les prises de décisions», explique Jean-Philippe Bertuzzi, le responsable relations publiques de Renault Trucks (à droite sur la photo). Photos Fréor Jochen Becker, le Luxembourgeois arrivé 3e, s'estime chanceux : il ne s'est pas s'être beaucoup entraîné en dehors de ses heures de conduite quotidiennes sur une ligne Luxembourg-Cologne, en transport de sable. « Le Luxembourg est tout petit, je suis à la maison tous les soirs ! ». Il a juste fallu qu'il s'adapte à l'Optiroll, au régulateur cranté et au ralentisseur, dont son T460 n'est pas pourvu. Plamen Ivanov, chauffeur et gérant de l'entreprise bulgare Sunny Co, est reparti au volant de son trophée, un Renault Trucks T480 Optifuel. Sa flotte comporte désormais 23 camions, exclusivement de la marque française. Les essieux avant et arrière arrivent de Saint-Priest à Bourg-en-Bresse par paires et déjà pleins d'huile.