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N°973 - Février 2019 Routier pratique Transparence dans la consommation des camions C'est parti pour Vecto ! Depuis le 1er janvier 2019, les constructeurs doivent passer à la moulinette du logiciel Vecto tous les poids lourds neufs de 16 t et plus qui sortent de leurs chaînes, quels que soient leur silhouette, leur carrosserie, leur masse ou leur parcours. Cela permet de les livrer avec un « certificat Vecto », qui annonce leur taux de consommation, donc d'émissions de CO². Grâce à la norme Euro d'un camion, on connaît depuis longtemps son taux d'émission de particules (nocives pour la santé). Mais leur taux d'émission de CO² (nocif pour la couche d'ozone) n'était jusqu'à présent pas clairement mesuré. C'est chose faite avec la norme Vecto, qui permet à l'acheteur d'un camion de connaître cette donnée grâce à un certificat correspondant. Rappelons que Vecto (Vehicle Energy Consumption Calculation Tool), qui s'applique à tous les camions neufs construits depuis le 1er janvier 2019, est le nom de l'outil de simulation qui permet de calculer la consommation de carburant d'un camion et les émissions de CO² correspondantes, camion par camion. Il offre aux clients un moyen de comparaison objectif entre les constructeurs, ce que Mercedes Trucks dit apprécier particulièrement. Ce constructeur émet cependant un bémol : la proposition actuelle de l'UE de réduire les émissions de CO² des camions fixe selon lui des priorités « erronées ». La réduction de 15 % en 2025 et de 30 % en 2030 (sur la base des chiffres qui vont être recueillis en 2019) paraît en effet aller bien au-delà de ce qui est réalisable techniquement et économiquement, soutient Mercedes. Limites physiques et techniques Il est bien sûr rejoint par ses concurrents sur ce constat : « Malgré l'optimisation de la technologie des moteurs à gazole, qui se poursuit inlassablement, nous atteignons des limites physiques et techniques ! ». Selon Mercedes, une réduction des émissions de CO² d'environ 1,5 % par an sur les 10 prochaines années serait ambitieuse, mais réaliste. On est loin des performances exigées ! Dans un premier temps, les constructeurs ont enregistré sur le simulateur Vecto les données concernant la consommation de carburant de leurs camions, en suivant des instructions strictes et avec le soutien d'organisation de tests externes. Ainsi, le coefficient de traînée (la résistance au vent) des différentes variantes de cabines de chaque modèle de camion a été mesuré. Le logiciel du simulateur Vecto impose de prendre en compte les différentes consommations de carburant et les émissions de CO² de chaque motorisation, de chaque boite de vitesse et de chaque variante d'essieux disponibles au catalogue. Ces données, vérifiées par les organismes de tests indépendants, sont ensuite introduites dans le logiciel Vecto. Celui-ci calcule alors consommation de carburant et émissions de CO² pour chaque type de configuration de camions proposé aux clients, en tenant compte des profils de route utilisés. Les limites et incohérences de Vecto Les chiffres Vecto sont calculés sur la base d'un transport type sur une route et une carrosserie classique (c'est-à-dire une caisse). Seules les remorques standard sont prises en compte par le logiciel, alors que les bennes ou autres bennes à ordures consomment en général bien davantage que des camions à caisse classique... Par ailleurs, le type de transport, d'opération et de chargement échappe aussi au logiciel alors qu'il existe de grandes disparités de consommation (donc d'émissions de CO²) entre le trafic longue distance, le BTP pour les livraisons urbaines, par exemple. Au grand désarroi des constructeurs, la version actuelle du logiciel Vecto ne prend pas non plus en compte certains systèmes permettant une réduction de la consommation de carburant et des émissions CO² utilisés par nombre de clients. Ceci inclut par exemple les régulateurs de vitesse prédictifs, les améliorations apportées aux remorques et/ou aux carrosseries, les systèmes start/stop ou de planification efficace d'itinéraires. l Quel texte ? Les dispositions légales relatives à Vecto sont basées sur le règlement 2017/2400 de la Commission européenne. Les objectifs proposés par l'UE « irréalistes » Si les propositions du Parlement européen sont entérinées par l'UE, les efforts demandés aux constructeurs représentent un triplement, voire un quadruplement, de la réduction actuelle des émissions de CO² et de la consommation de carburant chaque année ! En novembre 2018, le Parlement européen a voté un projet proposé par la Commission de l'environnement d'une réduction des émissions de CO² de 20 % en 2025 et d'au moins 35 % en 2030. Mais par rapport à quoi ? Cette base de référence n'a pas encore été fixée. C'est là que Vecto entre en jeu : dès aujourd'hui, ce sont les données recueillies sur l'outil de simulation du même nom qui serviront de données de référence pour ces objectifs de réduction de CO² de l'Union européenne. Attention, il ne s'agit que de propositions... La réunion du Conseil de la Commission européenne le 20 décembre dernier a ramené les objectifs à 15 % en 2025 et 30 % en 2030. Mais rien n'est encore acté. En attendant, quand on lit dans le site de Réseau Action Climat « Les objectifs actuellement en discussion sont quelque peu timorés », on se dit qu'il est certainement pétri de très bonnes intentions, mais n'a que très peu de notions techniques et économiques? Car non seulement de telles réductions de consommation sont techniquement quasi irréalisables, mais elles impliquent d'énormes coûts. Comment ceux-ci pourront-ils être répercutés ? Quels camions ? Sont pour l'instant concernés par l'obligation d'affichage Vecto les camions plus de16 t : tracteurs deux et trois essieux, et porteurs. Dans un an, le règlement européen englobera aussi les plus de 7,5 t, qui devront donc être livrés avec un certificat Vecto. Plus tard suivront les plus de 5 t, et enfin les bus et cars, qui échappent aujourd'hui à cette obligation. Texte : Marie Fréor · Photos : X D.R.