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N°967 - Juillet/Août 2018 Nouveauté XF Convenient Daf se lance dans l'hybride Daf, qui habituellement ne jure que par les vertus des véhicules diesel, a tout de même fait des expérimentations en hybridation diesel-électrique. A l'occasion de ses 90 ans, la marque a présenté la concrétisation de ses longues études sur la base d'un XF. Le constructeur franchit ainsi une marche importante vers les économies d'énergie. Au journal Les Routiers, comme on est de véritables chiens, on ne s'est pas contenté de suivre gentiment les moutons lors des festivités des 90 ans (voir LR n°966). Les vieux camions font certes rêver avec leur look sympathique et rétro, mais derrière les véhicules exposés, on a déniché un XF aux lignes apparemment très banales, mais doté d'un nom à coucher dehors, « Convenient »(1). Le grand-routier de demain Renseignements pris auprès de Ron Borsboom, le patron du développement de la marque, il s'agit d'un hybride diesel-électrique qui pourrait bien figurer le grand-routier de demain. Si l'on compare ce camion au dernier grand prototype futuriste de la marque que fut en 1989 le FCVs(2), c'est le jour et la nuit : loin de focaliser les regards, le prototype XF Convenient passe totalement inaperçu. Ou alors il faut être un spécialiste de Daf au regard très acéré. Sur le parking où il était garé, un petit détail a attiré notre attention : la présence d'une calandre légèrement inclinée sur un pare-chocs avancé de moins d'une petite dizaine de centimètre. Deux objectifs à cette inclinaison : améliorer l'aérodynamisme, mais aussi se préparer aux nouvelles réglementations européennes sur la longueur des véhicules (pour permettre de mieux préserver les conducteurs et les autres usagers de la route en cas de choc frontal). Le pot d'échappement recharge les batteries Autre élément inhabituel : la présence d'un cadre de calandre doté de volets à fermeture et inclinaison variables. Et ceux qui auscultent autant le dessus que le dessous ne manquent pas de repérer la présence de carénages, signe supplémentaire que ce XF n'est pas un camion de série... Ces aménagements destinés à mieux diriger les flux d'air (notamment vers l'échappement) permettent une récupération de la chaleur et sa transformation en électricité, par l'intermédiaire d'une turbine qui recharge les batteries. TraXon version e-motor ZF, à qui l'hybridation de ce tracteur a été confiée, a adapté sa boite TraXon en version e-motor en plaçant dans le carter une bobine qui lors des décélérations récupère de l'électricité en devenant alternateur. La puissance qui en résulte lors des démarrages ou en roulage peut, à la demande, devenir une aide à la traction et aux accélérations. En cas de besoin, ce moteur électrique peut à lui seul donner à cet ensemble routier une autonomie 100 % propre durant 5 à 7 km, sans utiliser le moteur thermique. L'autre grande spécificité de ce XF est son pont arrière Meritor LX 17Xevo. Là, il ne s'agit pas de donner de la puissance, mais de réduire la consommation. Ce pont à variation de capacité d'huile (présenté en 2012 par la marque américaine) a été monté pour la première fois sur le proto Renault Optifuel Lab 2 en 2014, mais n'a pas encore été adopté sur des véhicules commerciaux. Il est équipé d'un dispositif qui, lorsque qu'il n'est pas sous couple, se déleste dans un réservoir annexe de 6 l d'huile (sur les 14 qu'il contient). Il se distingue aussi par la présence de roulements annexes spéciaux qui permettent une réduction de la conso du carburant par la simple réduction des frottements mécaniques et le brassage de l'huile dans le carter (voir encadré ci-contre). L'alternateur moins sollicité Pour réduire la consommation de ce véhicule, Daf a aussi travaillé sur les équipements électriques en diminuant autant que possible l'usage de l'alternateur. Ainsi, le récupérateur de calories sur l'échappement apporte aussi sa pierre aux diminutions de conso, tout comme l'optimisation aérodynamique, que ce soit sous le tracteur, entre la semi et le tracteur ou avec les déflecteurs arrière. Marie FRÉOR (1) Energy-saving Technologies for Heavy-Trucks. Comprenne qui pourra le rapport avec le nom Convenient... (2)A l'époque, notre journal avait eu l'exclusivité mondiale de sa prise en main. Qui pourrait imaginer que derrière les lignes de ce Daf XF se cache un redoutable prototype de recherche pour réduire la consommation ? Impressions de conduite Au volant, on apprécie particulièrement la puissance supplémentaire dont bénéficie la chaîne hybride au démarrage, mais aussi le silence en roulage. Au démarrage, on est tout de suite surpris par la force tranquille de la puissance tout à fait impressionnante du 6-cylindres de 10,8 l du moteur. Pour cause, les travaux importants réalisés sur la chaîne cinématique offrent à ce XF hybride diesel-électrique 123 ch supplémentaires au démarrage par rapport au 10,8-litres habituel de ce XF. Le passage d'un mode de motorisation à l'autre (de la traction à l'électrique ou du thermique diesel, ou encore le retour au tout électrique) se fait en douceur et sans à-coups. On ne peut pas dire qu'un maxicode d'aujourd'hui soit très bruyant, surtout lorsqu'il s'agit d'un XF, mais lorsque l'on passe en mode 100% électrique, le silence est bluffant. Cela vaut aussi pour les derniers rapports, où le mode écoroll s'impose avant l'électrique. Le silence n'est pas l'unique avantage de ce dispositif. La boite automatisée ZF TraXon e-motor est pilotée par un logiciel réducteur de conso qui dialogue avec le GPS et devine tout de la route à venir, des virages à prendre, des montées et des descentes qui arrivent. Bref, une conduite prédictive qui fait intervenir le mode électrique ou diesel au bon moment et au bon endroit. Daf et l'hybride La traction hybride diesel-électrique n'est une nouveauté ni pour Daf, ni pour sa maison-mère. Le groupe Paccar s'est lancé en Europe dans des expérimentations sur des LF, et aux USA sur des Ken et des Pet. Chez Daf, les expérimentations de motorisations hybrides ont débuté dans les années 80 dans la division bus. Les acquis de cette technique ont été repris en 2006 sur des porteurs, pour aboutir à une présérie commerciale de LF de 12 t hybrides en 2011. Cette solution a rencontré un certain succès puisque la même année le service distribution de Casino en a intégré plusieurs dans sa flotte, tant dans la région parisienne que bordelaise. En 2012 (dans notre numéro d'octobre), nous levions le voile en exclusivité sur le premier tracteur Daf XF hybride diesel-électrique, fondamentalement différent du LF car son mode d'hybridation était conçu par le groupe américain Eaton-Cummins. Ce grand-routier préfigurait le véhicule que Daf vient de présenter. En 2012, nous levions déjà un coin du voile sur les camions hybrides et ce qui annonçait le Convenient. Quid des économies de consommation ? Face à la difficulté de connaître en direct la différence de consommation du XF hybride par rapport à son équivalent 100 % gazole, nous avons cherché la réponse en combinant les apports de chaque équipement. Combien un XF Convenient permet-il d'économiser par rapport à un XF classique ? Sur cette question, les ingénieurs de Daf (Ron Borsboom en tête) se montrent très discrets. Il est plus facile de s'adresser aux équipementiers qui ont œuvré sur le Daf Convenient. Meritor annonce que le pont à rétractation d'huile permet de diminuer la consommation de 1 à 2 %, et de faire des économies sur l'huile et l'entretien du pont de 10 à 15 %. Quant à l'aérodynamisme (tracteur et semi), il entraînerait selon Daf un gain de 7 à 10 %, et la gestion électrique (à laquelle ont notamment contribué Bosch et Valeo) un autre de 3 %, dont 1 % proviendrait de la transformation de la chaleur en électricité. De son côté, la gestion électronique de la vitesse en fonction de la topographie à venir amènerait une baisse de 3 à 4%. Le plus dur à déterminer est la réduction de consommation apportée par l'hybridation, car elle est proportionnelle à l'intensité des embouteillages et au profil de la route. D'après nos calculs (attention, il ne faut pas tout additionner, car certains chiffres se recoupent !), l'association de tous ces aménagements et équipements devrait apporter une réduction globale de 20 à 30 %, soit de 6 à 9 l au cent... ce qui paraît trop beau pour être vrai ! Le big boss de la recherche chez Daf, Ron Borsboom, est certes très réticent à donner les économies réalisées par le proto Convenient par rapport à un XF classique. Mais nous les évaluons à 25 %... (voir encadré ci-contre)