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N°969 - Octobre 2018 Portrait Audrey Florenceau, 29 ans, routière sourde Envers et contre tout La Snat, entreprise de transports organisée en coopérative, a donné sa chance à Audrey, une jeune routière qui souffre de surdité. Un handicap majeur qui n'est pas incompatible avec la route, comme le prouve son intégration réussie dans cette structure très humaine. Installée à Saint-Nazaire, la Snat est une société de transport qui a traversé bien des péripéties (voir encadré p.62). En 2013(1), nous avions fait un reportage sur sa spécificité : elle a adopté en 1982 le statut de Scop (société coopérative et participative) avec 14 conducteurs sur les 60 de l'époque. Elle appartient donc à ses salariés, qui sont pour la plupart des conducteurs routiers. Confrontée comme toutes les entreprises de transport à des difficultés de recrutement, la Snat a proposé il y a quelques années à l'Aftral de lui louer une salle pour la formation de ses stagiaires. Une façon comme une autre de repérer les meilleurs et de les cueillir à la sortie... Un jour de 2014, Michel Mézard, le patron de la Scop, voit (ou plutôt entend) arriver une jeune femme de toute évidence sourde puisqu'elle émet des sons sans en maîtriser la portée. S'étant étonné auprès du formateur de cette situation (une personne sourde peut-elle réellement conduire un camion ?), il se voit opposer un argument très convaincant : « Elle a une volonté incroyable, cette petite ». C'est la première dans ce cas en Loire-Atlantique, et l'Aftral, qui a envie d'y croire et connaît l'humanité de la Snat, demande à Michel Mézard de la prendre en stage. Dangereux ? Yoann, le conducteur-formateur de l'entreprise, bien que très ouvert, veut bien essayer, mais se demande si ça ne peut pas être dangereux. « Tu la mets avec un conducteur routier bienveillant, et on va voir. Après tout, ce n'est qu'un stage », lui répond son patron. C'est Patrick, aujourd'hui en retraite, qui s'en charge. Ronchon, celui-ci hésite avant de se rendre à l'évidence : Audrey est surprenante. Elle fait les manœuvres les doigts dans le nez, s'en sort bien en conduite. Rien à redire. La boîte automatisée (dont sont pourvus tous les camions de la Snat) lui facilite les choses. Au terme de ses deux stages, la Snat lui propose d'abord un CDD, pour la saison d'été 2015, puis un CDI dans la foulée. Le poste est bien sûr adapté au handicap d'Audrey. Car il faut lui épargner les livraisons chez les industriels où les quais grouillent de caristes qui ne la connaissent pas (le danger vient des autres, plutôt que d'elle). Chez Decathlon, la ligne régionale qui lui a été confiée, le fonctionnement est au contraire très rituel, ce qui lui convient parfaitement : elle n'a pas à faire le chargement, et dans les magasins qu'elle livre, tout le monde la connaît et la respecte. C'est d'autant plus important que la dose supérieure de concentration dont doit faire preuve Audrey la fatigue plus vite qu'une personne « entendante », comme on dit dans le jargon des sourds. Et les problèmes de communication auxquels elle se heurte parfois avec les clients ou les responsables d'exploitation sont inconfortables pour elle. Ses heures ont donc été aménagées, avec quatre jours de travail seulement par semaine, en accord avec la médecine du travail. Pas de distraction Rien n'a jamais été facile pour Audrey, sourde de naissance. Il a fallu qu'elle se batte beaucoup, comme elle me l'explique en rentrant de sa tournée de la nuit. L'accompagner en camion aurait pu la distraire, je me contente donc d'un entretien, grâce au talent d'interprète de Charlotte, que la Snat a mise à ma disposition pour l'occasion. Son parcours à lui seul est assez original. Avant de devenir routière, Audrey a passé un Bac de gestion d'entreprise, puis un BTS de comptabilité en alternance. « J'avais un interprète pour les matières les plus compliquées, et des photocopies pour l'anglais et le français. Mais je n'ai pas pu entrer en deuxième année, car l'entreprise où j'étais en alternance (du lundi au mercredi) a refusé de me valider, sous prétexte que je suis sourde. Ça m'a dégoûtée, je n'ai plus eu envie de faire d'efforts... ». Cette première expérience de discrimination, Audrey en garde un goût amer. « Je ne voulais qu'une chose : trouver n'importe quel travail, à condition de ne pas revivre la même chose ». Elle se retrouve au chômage et suit quelques formations en rapport avec ses compétences en comptabilité, mais là encore se heurte à des réticences pour adapter son poste. « Il y avait toujours plein d'excuses. Par exemple, on me disait que le fait de ne pas pouvoir répondre au téléphone était rédhibitoire ». Passionnée d'équitation Un jour, elle se voit contrainte, pour ne pas être radiée de Pole Emploi, d'aller à une réunion d'information sur une formation de conducteur routier. « Je me suis dit : pourquoi pas ? Je fais des concours d'équitation, et ce dont j'avais avant tout besoin, c'est d'un travail alimentaire. Le permis poids lourd pouvait même me permettre de transporter mes chevaux ». Sur 300 candidats, Audrey a été l'une des 12 sélectionnés. « Ils m'ont prise car j'avais le permis remorque, une grande détermination à relever ce défi malgré ma surdité, la volonté de réussir et un objectif personnel ». Elle passe un Titre pro en six mois à l'Aftral, dans les locaux de la Snat. Trois mois pour le permis C et trois pour le CE, financés par le conseil régional. Un médecin du travail  qui se rétracte L'obtention de son permis à la préfecture résume à elle seule le paradoxe de sa situation. Le médecin du travail n'a d'abord fait aucune difficulté. Mais trois mois plus tard, il n'était plus d'accord ! « Pourtant, j'étais déjà embauchée par la Snat. Mon patron m'a aidée à faire le courrier à la médecine du travail. On a gagné : mon permis a bien été validé pour cinq ans ». Ça, c'était il y a quatre ans, donc Audrey va devoir à nouveau défendre le morceau en 2019 face à l'administration. « Je ne suis pas sûre qu'on me laissera conserver mon travail, même si ça se passe très bien. Certains collègues sourds ont tout perdu au bout de cinq ans ». Un site d'information baptisé « Permis pour tout » a été créé pour soutenir les sourds désireux de passer leur permis. Il a déjà 2 500 abonnés... Audrey l'admet, au début le travail de conductrice de poids lourd n'était pas forcément ce qu'elle voulait. « Mais j'ai pris sur moi, et au final je me suis épanouie au volant. J'adore conduire ! Surtout, ça m'a donné confiance en moi ». Aujourd'hui, tout bien réfléchi, c'est rouler la nuit qu'elle préfère, pour éviter la chaleur, les bouchons provoqués par les vacanciers et les dizaines de camping-cars... Côté communication, elle ne sent pas brimée dans la communication avec ses collègues ou les clients. A force de suivre des cours d'orthophonie depuis toute petite, elle arrive à lire sur les lèvres. « Je m'adapte à toutes les situations. Parfois, je dois rassurer les clients : ??je suis sourde, mais ne vous en faites pas, ça ne présente pas de problème'' ». Tout ça est tout de même bien fatigant, surtout quand elle roule de nuit, l'été, et qu'il est plus difficile de lire sur les lèvres. Pas toujours simple non plus de gérer sa vie, très chargée. Audrey s'est acheté une maison l'année dernière, à 28 ans, grâce à son contrat de travail. Cela lui offre une autonomie très appréciable. « Il me faut trois ou quatre fois plus d'efforts qu'un autre pour faire mon métier. Mais quand on est motivé, on s'en sort toujours ! Je connais un ou deux personnes non-entendantes qui n'écrivent pas le français et qui ont quand même pu devenir conducteurs routiers ! ». Dans son vieux Scania R 420, elle fonctionne par SMS pour communiquer avec le travail. Un modèle  pour les sourds Avec la FNSF (fédé nationale des sourds de France), Audrey participe à un groupe de travail qui a pour objectif d'améliorer les lois et de faire en sorte qu'elles arrêtent de mettre des bâtons dans les roues des routiers sourds. « Par exemple, on veut réfuter le fait qu'il faut un minimum de décibels pour conduire ». Et beaucoup de sourds la contactent pour lui demander comment elle a trouvé de travail. « En fait, je suis comme un modèle pour eux ! », s'exclame-t-elle avec fierté. Son grand-père serait fier d'elle : elle a appris il n'y a pas si longtemps qu'il avait été routier chez Atlantique Transport, l'ancêtre de la Snat ! « Après ça, il est allé à l'usine pour pouvoir élever ses enfants. Et quand je suis née, il s'est inquiété pour mon avenir, à cause de mon handicap. Malgré tout, je m'en suis sortie... en faisant son premier métier ». l Marie FRÉOR La mère d'Audrey lui a toujours dit que sa surdité lui servirait un jour. Aujourd'hui, la jeune femme sait que les obstacles qu'elle a dû affronter pour devenir routière l'ont rendue plus forte. Rien ne lui semble désormais impossible. (1)Voir LR 913 - septembre 2013. Avec le responsable d'exploitation et de parc, Henri Salliot, qui est aussi le dernier rescapé de l'aventure Scop entamée en 1982 par la Snat. A droite : pour les sourds, la conduite n'est pas un problème (en boîte automatisée), car ils développent un sens de l'observation très aigu. C'est plutôt lors des manutentions que les autres peuvent représenter un danger : elle n'entend pas les klaxons des caristes, par exemple. D'où ce gilet. Audrey fait partie d'un groupe de routiers non entendants sur facebook, Camions en LSF. Ils s'y donnent des astuces pour se sortir de certaines difficultés, comme quand il faut appeler une dépanneuse. Le parc de la Snat A la Snat, les 107 camions sont tous attribués. Ce sont surtout des Scania et des Mercedes. «La difficulté qu'on a avec les conducteurs-actionnaires, c'est de leur faire comprendre qu'ils ne peuvent pas tout choisir eux-mêmes ! ». Michel Mézard, le patron, explique que pour le choix des camions, par exemple, il faut bien homogénéiser le parc. Il a donc décidé de se recentrer le plus possible sur Scania et Mercedes, « de bons outils industriels ». D'autant qu'à la Snat, les camions ont une durée de vie moyenne de sept ans. Pour économiser les frais de peinture, les camions neufs de la Snat ne sont plus bleus, mais gris. Il y a trois ans, cela a permis de choisir systématiquement la clim de nuit. Voilà un exemple des décisions prises par la commission technique créée par Michel Mézard pour gérer l'achat des camions, selon lui « un sujet très sensible ». Cette commission se compose de deux représentants du personnel, de deux conducteurs (un en courte distance, un en grande route), de Yoann Lelievre (le moniteur formateur) et de Hervé Salliot, le responsable du parc. Motivé par les hommes On rêve tous d'un patron comme lui. Michel Mézard, président de la Snat depuis 2010. Ce véritable autodidacte a neuf métiers à son actif, avec un fil directeur : son intérêt pour l'Homme. Michel Mézard, le patron qui accompagne l'aventure de la Snat depuis 2010, la fait actuellement basculer dans le giron d'Idea. Ce cuisinier de métier a œuvré dans l'hôtellerie, l'enseignement, le conseil aux entreprises. Il a été directeur de l'aéroport de la Rochelle, directeur régional de TAT et d'Air Liberté (aujourd'hui disparus), du PMU à Brest, et on en passe... Ces multiples responsabilités lui ont conféré une grande capacité d'adaptation et d'ouverture à l'humain. « Quand je suis arrivé à la Snat, la Scop était au creux de la vague. Il y avait des enjeux, des défis... C'est ça qui me plaît ! Ce n'était pas tant le transport routier qui m'intéressait que les hommes ». Michel Mézard y voit alors beaucoup de points communs avec l'hôtellerie et la restauration : « Comme une cuisine, le service exploitation est le cœur de l'entreprise, puisqu'il planifie les ressources humaines et matérielles, et il est dans le feu de l'action en permanence. Il faut trouver la bonne solution vite et bien... ». Michel Mézard (ici avec l'ex-routier Hervé Salliot, passé depuis à l'exploitation). Il est arrivé en 2010, au moment où la Scop avait du mal à relever la tête. Sa gestion humaniste a fait merveille. Audrey a appris à lire sur les lèvres... Elle n'a pas trop de difficultés à communiquer avec ses collègues, dont l'exploitation. A bord de son camion, elle fonctionne par SMS. La Snat abandonne son statut de Scop Organisée en Scop, société coopérative et participative, la Snat appartient à l'ensemble des salariés, à parts égales. Cela lui a permis de traverser les tempêtes. Mais aujourd'hui, un nouveau mode de fonctionnement va commencer. Englobée dans la société de logistique industrielle Idea, elle n'en perd pas pour autant ses principes humanistes. Au départ, en 1942, la Snat s'appelait Atlantique Transport. Cette boîte familiale avait pour principal client les chantiers de l'Atlantique. Elle a grossi jusqu'à faire travailler aujourd'hui 107 conducteurs... Mais ce ne fut pas un long fleuve tranquille ! Quand les chantiers traversent une mauvaise passe, en 1982, la société dépose le bilan. Un des chauffeurs, Louis Cochard, dit Loulou, décide de prendre les choses en main, créant une Scop (société coopérative et participative) structurée en SA, dont il prend la présidence après avoir passé son attestation de capacité. « Nous avons été 14 chauffeurs sur 60 à accepter de le suivre dans cette aventure », se souvient Henri Salliot, 61 ans, aujourd'hui en charge du service exploitation avec Sébastien Besson, et chef de parc. « Nous avons investi chacun l'équivalent de 7 000 € dans le capital de départ », raconte cet unique rescapé qui a lui aussi passé son attestation de capacité pour pouvoir seconder Loulou en cas d'absence de celui-ci. « On a gardé 14 véhicules et on a commencé avec les trois clients qui ont accepté de nous suivre : les chantiers de l'Atlantique, Airbus et Man, qui fabrique ici des moteurs de bateau et de train ». En fait, une Scop est organisée comme toutes les autres entreprises, avec un directeur qui prend les décisions et assure la direction. Ça évite la zizanie... « Ce qui change, c'est l'actionnariat et les règles de redistribution. Dès la deuxième année, un chauffeur peut poser sa candidature pour être actionnaire, explique le directeur actuel, Michel Mézard. C'est décidé à la majorité en assemblée générale. A partir de là, il verse 64 € par mois, soit 6 112 € au bout de huit ans. Et il a comme les autres sa part du gâteau, sans nourrir un fonds de pension ! ». Taux horaire et ancienneté avantageux Côté salaires, la grille de rémunération à la Snat favorise la fidélité. Le taux horaire est au-dessus la convention collective : 10,62 € au lieu de 10,24, et l'ancienneté est démultipliée : au lieu de 2% de plus au bout de deux ans, les conducteurs actionnaires en ont 4, etc. Et tous les contrats garantissent un minimum de 196,50 €. Ce qui a créé une situation « ubuesque » en 2010, selon Michel Mézard, tant la crise était forte. Il a fallu se séparer de neuf conducteurs. Heureusement, à la Snat, les bénéfices sont divisés en trois : un tiers est distribué aux actionnaires sous forme de dividendes, un tiers va à l'ensemble des salariés en participation aux bénéfices... et un tiers alimente les fonds propres de l'entreprise, Cela a sauvé la Scop, qui n'a pas eu à réduire ses effectifs de façon trop drastique. Seul vrai bémol au format d'une Scop : « Ce mode de fonctionnement commence à devenir compliqué quand la Scop est intégré à un groupe qui se doit de répondre à ses clients avec des offres globales qui génèrent des rentabilités différentes en fonction de la nature de ses activités. Et l'équilibre peut être mis à mal... ». Cette situation s'est présentée au début des années 2000, quand les chantiers de l'Atlantique ont à nouveau été au creux de la vague. Idea rentre dans  le capital en 2000 La Snat a fait le choix d'acheter et aménager un terrain dans la zone industrielle, pour ne pas rester coincée sur le port de Saint-Nazaire. Et surtout, il a fallu songer à se diversifier. Loulou, qui est sur le point de prendre sa retraite, a alors fait rentrer Idea Groupe à 35 % dans le capital de la Snat. L'alliance paraît alors idéale : cette autre Scop, créée en 1919 sous le nom de MTTM La Fraternelle, est spécialisée dans la logistique portuaire, avec des marchés industriels comme l'aéronautique, la construction navale, la Défense, ainsi qu'une branche emballage. Surtout, il lui manque une activité de transport routier de marchandises. En plus d'acquérir de nouvelles activités de transport, cette intégration permet de consolider les finances de la Snat, qui s'en est mis lourd sur les épaules avec son déménagement. Loulou laisse sa place à un nouveau PDG, Philippe Bourdaud, lui-même remplacé par Michel Mézard en 2010. Aujourd'hui, le transporteur breton assure tout type de transport, de l'exceptionnel pour l'aéronautique ou les chantiers naval à l'industriel en régional et national, notamment pour le marché de la menuiserie industrielle, et même une prestation en remorques frigorifiques pour le fromager Beillevaire. Il a par ailleurs abandonné tout ce qui était généraliste ou non rentable pour lui, comme le transport de conteneurs. C'est ainsi que la Scop a pu surmonter la dévastatrice crise de 2008. Mais aujourd'hui, il faut encore évoluer pour survivre. Une offre globale 92% des actionnaires de la Snat ont tout récemment donné leur accord pour céder leurs parts à Idea Group, la filiale transport du groupe Idea(1), qui deviendra actionnaire à 100 % de la Snat, qui restera une SA. Ensuite, une fusion sera opérée. Ainsi réunies, ces deux entités vont offrir une meilleure crédibilité aux gros clients, qui veulent une offre globale (transport, logistique, emballage...). Adieu statut de Scoop(2), bonjour grand groupe... tout en gardant les mêmes avantages. (1) Créée en 2008 par le rachat de Jibehem, fait aujourd'hui rouler 90 personnes (2) Pour abandonner ce statut, il a tout de même fallu un arrêté ministériel. La Snat a dû prouver que sans ça, sa survie était compromise. Dans la salle de repos, les routiers côtoient les cadres. Au premier plan, Nolwenn Furic, l'assistante du patron, et Sébastien Besson, en charge du service exploitation. D'autres types de handicap Selon Yannick Reynaud, un autre routier handicapé employé par la Snat, ce sont les autres qui sont gênés par le handicap, alors que lui, comme Audrey, considère ça comme une force. Son bras droit ne réagit plus, et ce métier est le seul qu'il puisse exercer sans être gêné par ce problème, avec une boîte auto bien sûr. « Si j'ai besoin de quelque chose, je dois juste savoir me servir de mon handicap. Chacun a ses obstacles. On doit trouver la combine, même si ce n'est pas toujours très règlementaire ». Audrey est bien d'accord avec Yannick Reynaud, un autre routier souffrant d'un handicap, sur le fait que ce sont les autres qui sont le plus gênés... Charlotte traduit en langue des signes.