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Dossier formation CAP et Bac pro 38 39 N°919 - Mars 2014 N°919 - Mars 2014 Un bon sésame pour la vie professionnelle Il semble qu'un CAP ou Bac Pro en conduite routière soit le diplôme de l'enseignement professionnel le plus difficile à obtenir? mais aussi le moyen le plus sûr de trouver un travail. Petit tour au lycée St-Ouen-l'Aumône, au Nord de Paris, pour sonder la motivation de la jeunesse. Au lycée professionnel de St-Ouen-l'Aumône (95), on tombe en plein atelier arrimage et sanglage. Les élèves ont appris le matin à répartir les charges dans une semi attelée à un FH. Seuls deux élèves sur les quatre de ce groupe sont présents? « Les terminales en prépa Bac Pro sont majeurs, ils font un peu ce qu'ils veulent », commente Eric Zach, leur prof. Kevin et Marius, qui assurent comme des chefs, ont tout à y gagner puisque l'arrimage terminé, ils partent sur la route et ont chacun plus de temps pour préparer la conduite super lourd. Et dieu sait si ce n'est pas évident pour eux, qui sont d'habitude en Premium Distribution. « Elargissez, ramenez à droite, n'oubliez pas qu'on est en semi et qu'il faut tenir compte du gabarit pour la trajectoire ! ». Ça y est, on file sur la nationale. « Un rond-point approche? On ralentit ! Contrôle rétro, visualisation trajectoire? ». La chaussée est humide, donc surtout pas d'accélération, conseille Eric? « Attention, pas trop vite, on n'a plus de visibilité ! ». Grand coup de frein donné par le prof. Un peu plus loin, autre subtilité : « Si j'ai un véhicule à ma gauche, je ne m'écarte pas pour bifurquer. Faire un constat, c'est un bon exercice, mais je préfère vous le faire faire en théorie » , lance Eric, goguenard. Dix minutes après, Kevin passe le volant à son pote Marius, à qui Eric répète les difficultés principales : « La manipulation de la boîte de vitesses et la maîtrise du gabarit ». Passé sur le siège arrière, Kevin raconte qu'il était parti pour faire de la mécanique auto. « J'ai d'abord fait une troisième TP6, où on avait six heures de carrosserie par semaine. J'ai fait des stages en méca, jusqu'au jour où je suis parti avec mon oncle routier. D'un coup, j'étais scotché : c'était ça, mon métier de rêve ! ». Pour Marius, c'est un peu différent : « Mon grand frère se prépare à devenir responsable d'exploitation, et je veux faire comme lui. Pour ça, je dois déjà bien connaître le versant conduite du métier ». A St-Ouen-l'Aumône, trois voies s'ouvrent aux jeunes : la maintenance poids lourd et VP (voir encadré p.40), la carrosserie-peinture, mais aussi la conduite routière. « Pour la conduite routière sont requis une forte motivation et un sens de l'autonomie », précise la brochure de présentation du lycée, qui ajoute qu'on attend d'un conducteur un comportement « citoyen ». Une jolie façon de rappeler qu'un futur conducteur est avant tout conscient de sa responsabilité? et sait prendre en compte les impératifs de sécurité. Ce tableau du routier responsable ne refroidit pas l'envie de beaucoup de jeunes de se consacrer à la conduite routière, au contraire : « Les demandes sont trois fois supérieures à notre capacité d'accueil, note Eric Vincent, qui chapote la partie professionnelle au lycée. On se base sur les notes obtenues par l'élève au collège et on lui fait passer un entretien, sa motivation étant le critère essentiel de notre décision. La maturité et la confiance viennent assez vite, chez les futurs routiers  ». Parfois, selon lui, l'élève n'a pas conscience de la difficulté de cette formation. « Or la conduite routière est le diplôme de l'enseignement professionnel le plus difficile à obtenir, avec notamment le passage des permis. Par contre, il est impressionnant de voire à quel point les élèves qu'on accepte intègrent très vite la culture métier ». Ici, les futurs routiers sont encadrés par des professeurs (et non des formateurs), qui font si besoin de l'aide personnalisée, notamment dans le cas d'élèves hyper motivés mais quasi illettrés. « S'ils sont à l'heure, assidus et qu'ils font ce qu'on leur demande, ceux qui jouent le jeu vont réussir, c'est sûr ! ». Marie FRÉOR « La mécanique PL garantit des débouchés » Un prof de mécanique du lycée de St-Ouen reconnaît que malheureusement, la mécanique reste une voie de garage pour les élèves en difficulté. « Mais qu'ils y aillent par passion ou non, une chose est sûre : la mécanique poids lourd garantit des débouchés professionnels? Le monde du travail en demande, même en alternance pendant la préparation au BTS ». Deux filières possibles : CAP et Bac Pro En conduite comme en mécanique, deux formules existent : CAP ou Bac Pro, c'est-à-dire respectivement deux ou trois ans après la classe de troisième. Les jeunes qui optent pour le CAP ont le choix entre « conducteur livreur marchandises » (permis B et C) et « conducteur routier marchandises » (avec l'EC en plus). De même, ceux qui s'engagent dans un Bac Pro peuvent prendre la spécialité « conducteur transport routier marchandises », ou « transport », cette dernière impliquant une participation à des activités logistiques, au dédouanement et au respect des normes. Le CAP, une bonne formule pour les adultes aussi Le CAP n'est pas seulement réservé aux moins de 18 ans. Les adultes peuvent en passer un en un an au lieu de deux. C'est ce qu'a choisi Nadia Zozon, ex-assistante de direction. Une semaine consacrée à la théorie et une autre en entreprise? Ce rythme, durant trois mois, est une partie de la formation CAP conduite routière pour adulte. Celui-ci se fait sur un an au lieu de deux, avec un apprentissage du permis et un stage en entreprise moins long que pour les moins de 18 ans. Nadia Zonzon, la trentaine, a commencé en septembre dernier. Elle a choisi la voie du Greta (Groupement d'établissements publics d'enseignement pour les adultes), une structure de l'éducation nationale qui organise des formations pour adultes dans la plupart des métiers. On peut aussi bien y préparer un diplôme du CAP au BTS que suivre un simple module de formation. Au Greta, on apprend le français, les maths, l'anglais? ou à conduire un camion chez Promotrans ! « C'est intense, avoue Nadia Zozon, qui se prépare au permis au centre de Vitry-sur-Seine. Mais j'ai appris à manœuvrer un camion et, en plus, en boîte mécanique ! ». Son formateur, Jean-Claude Verrier, est très fier d'elle : « C'est une personne calme, responsable et qui apprend vite. Une perle, quoi ! ». Après avoir décroché son CAP, Nadia veut se faire une expérience en conduite, pour au final travailler avec son mari : « Si j'arrive à décrocher ensuite l'attestation de capacité, notre objectif est de nous lancer dans le transport frigo. Un métier qu'il exerce déjà, souvent pour Stef ». ? FG Photo Gilbert Nadia a beaucoup appris grâce à la très grande expérience de son formateur, Jean-Pierre Verrier. Photos Fréor